On a tous en nous quelque chose de la Province… 

Propos recueillis par Albert DESAUVAGE dans le Nord-Eclair du 15 mars 2017

Un exemple de gestion et de services à défendre.

Le débat est revenu sur la table : certains, surtout au MR, prônent à nouveau la suppression des provinces, l’affaire Publifin ayant mis l’accent sur des pratiques douteuses de certains élus essentiellement provinciaux. « Ce n’est pas parce qu’un ou deux mandataires ont mis le pied de travers qu’il faut supprimer les provinces », affirme Pascal Douliez, secrétaire de la CGSP Admi de Wallonie picarde. Lui et son collègue Olivier Disière, qui est délégué permanent CGSP à la Province de Hainaut, affirment que ce serait une erreur, tant la Province rend des services aux citoyens et garantit la paix sociale à des milliers de travailleurs hennuyers…

0 La suppression des provinces, une idée qui vous fait bondir ?

P.D. : Quand j’entends que les provinces sont devenues totalement inutiles, oui ça me fait bondir ! Je n’arrive d’ailleurs pas à comprendre comment il est possible de parler de la sorte ! Parce qu’il y aurait un ou deux mandataires qui ont mis le pied de travers, il faudrait supprimer les provinces ? On pourrait alors supprimer beaucoup de choses… Non, on ne se trouve pas dans un débat de fond, mais dans du racolage politique, alors que les provinces offrent une foule de services aux citoyens.

0 La province de Hainaut, proche des citoyens. En quoi exactement?

P.D. : Pour bien comprendre ce que représente au quotidien la Province, plantons le décor. En Wallonie picarde, la Province de Hainaut occupe 1.500 personnes, dont plus de la moitié d’enseignants. Elle accueille près de 6.000 étudiants qui bénéficient d’un enseignement dont la qualité est reconnue. Mais les domaines dans lesquels la Province intervient sont infinis, souvent insoupçonnés. Dans un territoire plus large que celui d’une commune, elle donne accès au sport et à la culture, à la formation, à la santé, à l’action sociale… Je citerai, pêle-mêle, quelques exemples, chez nous en Wallonie picarde, de ce que pèse la Province avec l’antenne sociale de formation pour les travailleurs des communes, CPAS et de la Province qui reçoit chaque année 900 personnes, le centre de restauration de tapisseries (CRECIT) qui occupe dix licières, les animateurs sportifs, le Moulin de la Hunelle qui occupe 100 travailleurs dont 80 handicapés, le centre d’accueil de la Tourelle qui accueille une quinzaine d’enfants placés par le juge, les services de santé mentale qui accueillent chaque année plus de 1.000 personnes, l’Université du Temps Disponible qui repré- sente annuellement des activités pour 10.000 seniors, le réseau de bibliothèques et bibliobus, les laboratoires d’analyses, les aides aux agriculteurs avec le bureau d’économie rurale, l’abattoir Damien sauvé de la faillite avec son agrément européen et qui a permis de garder 5 emplois, le festival « Les Inattendues », le tremplin pour jeunes musiciens « l’Envol des Cités »…

O.D. : Je prends un autre exemple : les routes. Quand on se rappelle du bon état dans lequel la Province a cédé ses routes à la Wallonie et qu’on constate l’état dans lequel elles sont aujourd’hui, on peut en conclure que la Province, même dans ce domaine, ne travaillait pas si mal que ça !

0 À vous suivre, supprimer la Province entraînerait un nivellement vers le bas de la qualité des services aujourd’hui offerts ?

O.D. Et comment ça ! Pour certains esprits, il reste doux de rêver qu’on gagnerait de l’argent à supprimer les Provinces. Ce qui est surtout certain pour nous, c’est qu’on assisterait à un nivellement vers le bas des services rendus et à un coût qui deviendrait plus important. Je pense déjà simplement à l’enseignement dont la qualité est reconnue. Avec cet esprit de racolage, ceux qui prônent la suppression des provinces ne prennent de toute façon pas beaucoup de risques, car il faudrait modifier la Constitution pour qu’il en soit ainsi.

0 La Province se vend mal finalement envers son public?

P.D. : La Province est tellement présente dans le quotidien des Wallons picards qu’on en oublie que c’est elle qui propose toutes ces choses. Oui, on pourrait penser qu’elle se vend mal, mais ce n’est pas à elle à le faire, ce n’est pas vraiment son boulot.

1.500 personnes : en Wallonie picarde, la CGSP relève que la Province de Hainaut occupe près de 1.500 personnes, dont 800 enseignants 6.000 étudiants: en Wallonie picarde, cinq établissements scolaires secondaires accueillent 2.764 élèves. Ces établissements sont l’IPES (Tournai), l’IESPP (Tournai), l’IPES (Ath), le CEFA (Leuze-Tournai) et l’Athénée provincial de Leuze. Il faut y ajouter les 2.500 élèves de Condorcet dans l’enseignement supérieur, près de 800 élèves en Promotion sociale, l’e-campus… 22 % territoire : la province de Hainaut s’étend sur 3.790 km2 , soit 22,5% de la Wallonie et 12,4% de la Belgique. Elle compte 69 communes pour un peu plus de 1,3 million d’habitants. Sur l’ensemble du territoire, la province occupe 8.000 agents qui agissent dans 5 grands secteurs : enseignement/formation, culture/tourisme, action sociale, sport/santé et écodéveloppement territorial.

« À la province, ça roule plutôt bien » 

D’un point de vue syndical, il est un élément qui pousse, plus que jamais, la centrale générale des services publics à soutenir les Provinces. Et celle du Hainaut en particulier. « La Province travaille bien. Et en matière de bienêtre au travail, elle est un bon exemple, comme elle est aussi un bel exemple en matière de pérennisation du travail », nous explique Pascal Douliez.

C’est que « 70% des travailleurs de la province de Hainaut sont des statutaires, alors que la moyenne wallonne est de 35%» , relève Olivier Disière, « et que dans la majorité des pouvoirs locaux, il n’y a quasi plus de statutaires.

Une fois que le travailleur statutaire part à la retraite, il est remplacé, quand il l’est, par un contractuel. À la province de Hainaut, on nomme encore, on organise encore des examens de recrutement.

« Où peut-on en dire autant », posent les deux syndicalistes wallons picards.

Certainement pas dans nos entités fédérées et villes. Supprimer les provinces et confier certaines de leurs missions au secteur privé entraînerait, selon la CGSP-Admi, un lourd préjudice pour le citoyen. « La gestion publique,et plus encore quand elle est saine, est une garantie de bons services pour les citoyens hennuyers.

La province de Hainaut a fait son examen, elle s’est bien redressée, garantissant les services et l’emploi. Et ceux qui avancent  encore aujourd’hui l’idée d’un détricotage n’ont jamais su faire la démonstration que ça irait mieux sans les provinces ». –

On a tous en nous quelque chose de la Province