Quel avenir pour notre police scientifique ?

 

 

Depuis de nombreuses années, la police scientifique belge souffre d’un désinvestissement chronique
et à l’heure actuelle nous entrons dans une phase critique.

 
Nous avons, à maintes reprises, tiré la sonnette d’alarme concernant la situation de ce service
d’appui devenu, encore plus suite à la législation Salduz+, essentiel pour l’élucidation des enquêtes
judiciaires concernant de nombreux phénomènes de criminalité qui touchent, en finalité, toujours la
principale victime : le citoyen.

 
Ces enquêtes, sans cesse plus nombreuses, sont prises en charge par les polices judiciaires fédérales
pour les phénomènes supra-locaux mais aussi et surtout par les SER/SLR des polices locales.
A l’heure actuelle, nous sommes à l’aube de changements structurels faisant suite à des décisions
politiques simplement axées sur le principe d’économies financières, au détriment de toute
efficacité opérationnelle.

 
Ces changements structurels concernent déjà les services d’appui (rôle premier de la police
fédérale) aux zones de police pour qui nous sommes un partenaire privilégié dans la lutte contre les
phénomènes de criminalité, en ce qui concerne la récolte et l’analyse des éléments matériels.
Depuis de trop nombreuses années, la seule bonne volonté du personnel a permis de faire tourner
notre service. Au moment d’écrire ces mots, la situation est devenue intenable et à très court terme,
nous ne pourrons bientôt plus fournir le service minimum, chose que nous avons hélas déjà
l’impression de faire depuis bien longtemps. Nous devons dès lors faire le choix entre l’urgent, le
très urgent voire l’extrêmement urgent.

 
Il est évident que les laboratoires ont actuellement perdu les bénéfices hérités de 100 années
d’existence du service et le capital est même intégralement consommé. Les « anciens » partent ou
sont déjà partis avec leur savoir, sans être remplacés. Plus aucune transmission des réflexes hérités
d’une longue expérience professionnelle ne peut se faire dans l’état actuel de notre service.
Actuellement, les décisions politiques de réduction à 5 structures « labo » ont été prises ce
15/02/2017 conjointement par les ministres de la Justice et de l’Intérieur et ce sans engagement
d’acteurs de terrain supplémentaires et sans budget fixé ! Il est évident que la voie prise est celle du
démantèlement et que les conséquences se feront sentir jusque dans les zones de police. Il est hélas
à déplorer que des restrictions budgétaires se concentrent aussi sur d’autres unités d’appui et
d’autres services (SPC, CIK, SPN, SSGPI…).

 
Cette décision aura sans nul doute des effets multiples, dont certains sont déjà prévisibles :
– un rallongement des délais d’intervention, avec les conséquences connues sur les policiers
de terrain, notamment l’immobilisation plus longue des patrouilles engagées,
– la perte de spécificité dans les tâches qui incombent au personnel technique et scientifique…
et le danger d’un transfert d’une partie ces missions aux polices locales. Étant donné que les
analyses ne se feront plus que dans 5 labos accrédités (si les budgets sont suffisants, voire un
seul à Bruxelles dans le pire des cas), les opérateurs de terrain ne seront plus que de
« simples emballeurs ». Tout policier pourra être amené à conditionner lui même les pièces à
analyser, même pour les élémentaires empreintes digitales…
– une logistique coûteuse (liée aux transferts des pièces à analyser suite à la centralisation),
– un outsourcing probable de cette logistique via des sociétés privées (Bpost et G4S, pour ne
citer qu’eux) avec tous les risques inhérents que ces choix comportent comme la perte de
pièces à conviction, un problème de sécurisation des indices matériels,…

 
Dès lors, nous portons à votre attention que l’orientation prise actuellement par le politique en ce
qui concerne la Police Fédérale aura d’importantes implications pour les Zones de Police, non
seulement sur le plan capacité mais aussi sur le plan financier.

 

 
QUAINO Eddy,
Mandataire Permanent Police,
CGSP-Admi.